Solidarité Jeunesse

À l’approche du 160ème anniversaire (en 2022), de notre Association, le Président Philippe Célérier et les membres du Conseil d’Administration souhaitent retracer, dans un document, l’histoire de l’Orphelinat Maçonnique depuis sa création.
À compter d’octobre 2020, chaque mois, un chapitre de notre histoire sera ici retranscrit.

Orphelinat Maçonnique – Solidarité Jeunesse
Notre histoire

 

 

I - La création – 1862

Pour sauvegarder l’Ordre Maçonnique, les Frères du Grand Orient de France avaient cru trouver dans le Prince Murat un protecteur efficace et l’installaient en 1852 comme Grand Maître.

L’objectif de ce dernier était de faire du Grand Orient une obédience tournée vers la pratique de la charité : « de prouver par les faits qu’elle est une société essentiellement philanthropique et non une société secrète ».

 La bienfaisance serait donc établie comme principe premier de l’ordre des Francs- Maçons.

Pour institutionnaliser les nouvelles orientations du Grand Orient, Lucien Murat décida de faire procéder à la révision de la Constitution de l’Obédience au cours d’un Convent. Cette assemblée législative devait discuter, entre autres, des propositions de Frères, de la création d’un orphelinat.

Le 30 octobre 1861, une commission d’examen,  sous la présidence du TCF François Cattiaux, Vénérable Maître de la RL « La Ligne Droite », accaparée par des frères du Suprême Conseil et du Grand Orient, nommée à l’effet d’étudier ce projet et d’en arrêter les modalités. Ils déclarent :

– ce qu’une loge seule, isolée ne peut faire convenablement, toutes peuvent l’entreprendre ;

– quel bel usage peut-on faire des éléments de charité et de fraternité qui distinguent notre ordre si ce n’est de les appliquer à parer aux besoins physiques, moraux et intellectuels des orphelins de nos frères.

Quatre mois plus tard, le 24 février 1862, le projet est adopté par près de 400 maçons adhérents.

            L’orphelinat est créé sous le patronage des loges et devient : « L’Orphelinat Maçonnique » car il est ouvert à toutes les loges quel que soit le rite pratiqué, pour le bien être de leurs pupilles.

L’intention de l’Orphelinat est de mener l’enfant jusqu’à ce qu’il se suffise à lui-même grâce à une formation scolaire ou professionnelle complète.

Le 15 octobre 1862, les fondateurs louent une maison située à Belleville.  Elle accueillera les deux premiers enfants adoptés, Paul Soyer et Marie Blondeau présentés par deux loges du Grand Orient. L’établissement est mixte.

Les agents de l’Empire ne sont pas longs à susciter des tracasseries au régisseur de la maison, ce qui provoque la fermeture de Belleville et le placement des pupilles dans des pensions extérieures : les garçons à Grenelle et les filles à Rueil.

Le 15 décembre 1863, la direction de l’Orphelinat maçonnique remercie le Suprême Conseil de France de l’avoir pris sous son « puissant patronage ».

II - Les cofondateurs

Ce sont quinze Francs-Maçons représentant huit loges qui œuvrent dans la commission chargée  d’étudier le projet de création d’un Orphelinat maçonnique.

La Respectable Loge « La Ligne Droite »

François Cattiaux, médecin, Vénérable Maître de cette loge accorde une grande valeur aux principes maçonniques de solidarité.  Cattiaux avait réellement une âme de philanthrope et veut agir pour améliorer le sort de ses semblables.

Louis Balduc, employé du gaz, affirme de son côté : La ligne Droite est jeune et courageuse. « Jurons, amis, de fonder sur la terre le culte de la fraternité ».

Alfred Debérie, journaliste chroniqueur, déclare : « Il est un crédo que tous nous pouvons dire ensemble : je crois à la solidarité ».

Adolphe Grange, imprimeur, directeur d’un journal régional : « Le commerce de la Côte d’Or » à Dijon.

La Respectable Loge « La Rose Ecossaise »

Coquentin – Bigoy – Bernard, Frères d’une loge du Suprême Conseil, postulent que le devoir du Franc-Maçon doit être de ne pas être insensible à la douleur d’autrui et de soulager selon ses ressources ceux qui sont dans la misère.

La Respectable Loge « Loge Ecossaise »

Fornet et Pastelot, membre du Suprême Conseil de France

La Respectable Loge « Le Temple des Facultés »

Masse et Dutot, membre du Suprême Conseil de France

La Respectable Loge « Les Amis Inséparables »

Vial , membre du Suprême Conseil de France

 

La Respectable Loge « Les Elus d’Hiram »

Cesselin, un frère du Grand Orient

Respectable Loge « Bienfaiteurs Réunis »

Godefroy, un frère du Grand Orient

La Respectable Loge « La Prévoyance », le frère Ponçot du Suprême Conseil.

La majorité de ces loges, à l’évidence, pratiquait le Rite Ecossais Ancien et Accepté, ce qui explique que l’article 1er des statuts de l’Orphelinat stipule : « Il est fondé avec l’adhésion du Suprême Conseil de France un Orphelinat Maçonnique. Aucune exclusion en matière de rites ou d’obédiences n’est formulée. »

            Peu de temps après, au nom d’Orphelinat Maçonnique s’est ajouté l’adjectif « Général » afin de bien mettre en évidence l’ouverture à tous les Francs-Maçons quel que soit le rite pratiqué.

 

III - Les premiers status, scission et réunification

Le but de l’Orphelinat maçonnique : accueil des enfants de tous les Francs-Maçons sans restriction, les frères de tous les rites sont invités à assurer l’avenir de leur progéniture.

Les ressources : les frères seront invités à adhérer moyennant une cotisation, les dons et cotisations volontaires des loges, des maçons et des profanes,  le bénéfice de fêtes, de concerts etc.

Au plan administratif : un Comité d’Administration et de Direction sera mis en place. Chaque année, une assemblée générale est prévue afin de rendre compte aux adhérents de la gestion de l’Orphelinat.

Cinq commissions seront constituées au sein du Comité d’Administration : une commission des finances, une commission d’enquête, une commission d’admission, une commission de propagation, d’organisation et une commission d’instruction.

Les premières actions en faveur de l’enfance orpheline sont conçues par des loges privilégiées, car tous les enfants de maçons ne pouvaient bénéficier de l’Orphelinat : il fallait que les membres de la loge demanderesse paye collectivement une cotisation annuelle.

Les loges de province étaient réticentes à l’idée de participer à la vie d’une œuvre parisienne et restaient rétives à l’adhésion.

Les années 1870 sont une période de conflits intenses pour l’orphelinat dont les causes sont dépendantes à la fois de la situation de la Franc-maçonnerie française et liées à sa gestion elle-même.

En effet, la question de la suppression de la croyance en Dieu et en l’immortalité de l’âme entraîne de vives discussions au sein de la Franc-maçonnerie. Ceci génère une crise interne au rite écossais et conduit à la constitution d’une « Grande Loge Symbolique Ecossaise » et au Grand Orient, à l’introduction d’une déclaration selon laquelle la Franc-maçonnerie retient comme principes la liberté absolue de conscience et la pratique de la solidarité.

 

Les premières critiques à l’encontre de l’Orphelinat Général Maçonnique et de son administration se font jour vers l’année 1871 et font rage jusqu’en 1880. La dureté des échanges mène cet organisme au désastre et provoque la désunion qui aboutit à la création d’un orphelinat concurrent dénommé « Orphelinat Maçonnique Universel ».

Les Frères de la loge « Le Mont Sinaï » prennent la tête d’une contestation qui porte sur trois thèmes : les statuts, la présidence de l’orphelinat et l’éducation des enfants, ainsi que des reproches en matière de gestion qu’ils adressent au Conseil d’Administration.

Les deux orphelinats coexistent de 1879 à 1885 pour se réunir en avril 1886, après avoir constaté qu’ils travaillaient dans le même sens et pour les mêmes buts.

La réunification au profit de l’Orphelinat Général Maçonnique fortifia celui-ci au point qu’en 1885, il avait pu être vu comme « une nouvelle puissance maçonnique visant à se placer en dehors et au-dessus des puissances maçonniques existantes ».

Cette institution était devenue une association qui fonctionnait selon ses propres statuts et règlements, les Obédiences ne faisant que faciliter sa vie financière et sa capacité d’action.

IV – VIE DES ENFANTS

DE L’ORPHELINAT

Le but de l’Orphelinat Général Maçonnique était de recueillir et d’élever les orphelins dont le père ou le tuteur avait appartenu à l’ordre maçonnique jusqu’à ce qu’ils puissent se suffire à eux-mêmes.

L’orphelinat fut aussi un établissement ouvert aux enfants de parents momentanément dans la gêne.

Les fondateurs de l’orphelinat avaient eu la pensée d’établir un groupe de substitution à la famille en accueillant les orphelins des Francs-Maçons passés à l’Orient éternel – mais les autorités de l’époque ont empêché ce projet en procédant à leur expulsion de Belleville.

L’orphelinat a alors établi un internat dans une usine désaffectée au 19 rue de Crimée où les enfants furent logés, nourris, vêtus, éduqués et envoyés dans les écoles voisines ou en apprentissage.

La demande de prise en charge d’un enfant devait se faire par son représentant légal qui l’adressait soit à l’Orphelinat soit à la loge du défunt. Une commission d’enquête était alors chargée d’étudier les informations reçues et émettait un avis sur l’admission.

Les loges non adhérentes à l’Orphelinat Général Maçonnique pouvaient présenter des enfants mais l’admission n’était prononcée qu’en fonction des places disponibles et de leur adhésion à l’association.

Les loges parisiennes étaient celles qui faisaient adopter le plus d’enfants, les loges de province, quant à elles, préféraient le placement familial, car cette formule permettait de laisser l’enfant dans sa région.

L’internat de l’orphelinat était un lieu de vie collectif. Un règlement intérieur prévoyait des sanctions en cas d’agressivité envers ses camarades ou d’insubordination.

Le personnel devait respecter des règles précises en cas de punition.

A leur sortie, un viatique était attribué à tous les pupilles comprenant les dons faits à l’enfant et des allocations votées aux pensionnaires de plus de 13 ans.

Tous les pupilles devaient se considérer comme « frères et sœurs » et s’accorder affection mutuelle comme celle qui doit exister dans une même famille.

Le personnel devait veiller à ne pas favoriser un enfant en particulier.

La mixité favorisa l’égalité entre les pupilles : filles et garçons recevaient les mêmes soins, fréquentaient les mêmes écoles.

L’ambition de l’Orphelinat Général Maçonnique était de faire de ces enfants des hommes et des femmes libres exempts de préjugés.

… et c’est ainsi que tout se fit…

Le 11 octobre 1861, à la R.°. L.°. « La Ligne Droite » n° 146 Or.°. de Paris, le Frère CATTIAUX, V.°. M.°., est nommé Président  d’une commission d’études pour la fondation d’un ORPHELINAT MAÇONNIQUE. Cette commission est composée de 16 Membres de différentes Loges. La R.°. L.°. « La Ligne Droite » n° 146 Or.°. de Paris appartient à la GRANDE LOGE CENTRALE DE FRANCE, placée sous le contrôle du Saint-Empire. Certaines loges rejoindront la GRANDE LOGE DE FRANCE à sa création en 1894, d’autres, le GRAND ORIENT DE FRANCE. Le 13 octobre 1861, le rapport de la commission est lu par le Frère VIAL. Le règlement pour la création de l’Orphelinat Maçonnique est adopté à l’unanimité et le projet obtient la signature de plus de 60 adhérents. Le 15 décembre 1863, la direction de l’Orphelinat Maçonnique remercie le Suprême Conseil de France de l’avoir pris sous son « puissant patronage ». 

À l’origine, l’Association confiait les orphelins à des pensions hors de son contrôle. En octobre 1892, elle parvint à établir un internat – 19 rue de Crimée à Paris. Elle achètera l’immeuble en 1909. Cet internat subvenait à tous les besoins des enfants, y compris l’instruction et la préparation professionnelle. L’Orphelinat Maçonnique obtenait des subventions du Ministère de l’Intérieur, du Conseil Général de la Seine et de la Ville de Paris. De 1862 à 1894, l’œuvre accueillit 319 enfants. Les Ateliers adhérents payaient en 1894 une cotisation de 1 franc par membre ; mais s’ils demandaient la prise en charge d’orphelins de leur mouvance, ils devaient payer une cotisation supplémentaire annuelle de 200 ou 300 francs selon le cas. La même année 1894, l’Orphelinat comptait 125 Ateliers adhérents et 84 enfants adoptés. Les recettes de l’exercice étaient de 60 000 francs pour 50 000 francs de dépenses. Lors du Convent de la GRANDE LOGE DE FRANCE du 22 septembre 1927, le Très Respectable Grand Maître Maurice MONIER déclare l’Orphelinat Maçonnique «d’utilité Maçonnique». Par décret du 2 décembre 1927, l’Orphelinat Maçonnique est reconnu d’utilité publique. L’immeuble de la rue de Crimée a été réquisitionné pendant la guerre ; il est restitué à l’association après la Libération, mais dans un état ne nous permettant plus d’accueillir les orphelins. Le soutien aux enfants prend alors une autre forme : ils sont laissés dans leurs familles ; une aide à l’éducation est versée annuellement. Novatrice en la matière, l’idée sera ensuite reprise de nombreuses fois par d’autres organismes de solidarité. En 1987 la dénomination de l’association devient: SOLIDARITÉ JEUNESSE / ORPHELINAT MAÇONNIQUE.